Les voix du tocsin

Genèse et résurrection d'un chef-d'œuvre d'Albert Maignan

Roulée depuis 1918, après avoir été évacuée du musée de Picardie à la suite de la chute d’une torpille sur le salon Déloye, Les voix du Tocsin, unanimement saluée lors de sa présentation au Salon de 1888, figurait parmi les œuvres en attente de restauration après un siècle d’absence des murs du musée.

Tableau mythique, qui marqua un tournant dans la carrière d'Albert Maignan (1845-1908), il méritait une restauration aussi spectaculaire que lui. Elle fut menée, pour le support, par l’équipe d’Emmanuel Joyerot et d’Ève Froidevaux, assistés de Tiago de Souza Martins et de Sarah Crespeau, et, pour la couche picturale, par Laurence Fragne et Aleonora Tushinsky-Merlette.

Cette restauration se déroula, en public, durant l'exposition Albert Maignan, peintre et décorateur du Paris fin de siècle, qui s'est tenue à la Fondation Taylor en 2016, en partenariat avec le Musée de Picardie.

Magnan - Tocsin

Le déroulage, qui avait eu lieu le 12 novembre 2015 au Musée de Picardie avait révélé un tableau peint dans un poétique camaïeu de gris, avec une force évoquant sans équivoque Michel-Ange que Maignan a gardé à l’esprit tout au long de l’élaboration de cette grande machine de 5,50 x 4,50 m. Il a également permis de constater, grâce à une étude en lumière rasante, que deux compositions se superposent. Une photo de Maignan posant devant son grand tableau en cours de réalisation montrait en effet une composition très différente de celle du tableau définitif, correspondant à toute une série de dessins préparatoires conservés au musée et qui ne semblaient pas avoir été retenus pour la version finale.

Cette œuvre trouve son origine dans une visite que Maignan fit dans le clocher de l’église de Saint-Prix et qu’il décrit avec force détails dans son journal. La genèse en sera longue, passant de l’euphorie au découragement, elle s’échelonnera de 1882 à 1888, date de sa présentation au Salon. Exposée l’année suivante lors de l’Exposition universelle, elle sera achetée par l’Etat et déposée au Musée de Picardie en 1892.

La toile restaurée est visible dans l'atelier de la Fondation Taylor, où elle fut conçue, jusqu'à l'automne 2019, durant les travaux d'agrandissement du Musée de Picardie.